:PORTRAIT, entretien réalisé par Stéphane Cerri pour Midi Libre, 2021.

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En vitrine, une apparition : dans le calme et le silence se dresse un cortège statique, comme stoppé dans son élan, privé de son déplacement. Margaux Fontaine soustrait la parade à la rue et la transpose dans une galerie en marge de l’agitation. Elle donne à voir un spectacle immobile qui semble prêt à reprendre le pas, après avoir marqué la pause. Est-ce un défilé, un carnaval, une installation ? Parade intrigue par son mystère et son aspect presque inquiétant ; on croit reconnaître des éléments familiers mais les repères se brouillent et tout semble alors inconnu.

Cinq personnages fantomatiques occupent la scène de part et d’autre. Quatre d’entre eux encadrent une chaise à porteurs où trône le dernier protagoniste, central et magistral avec une traine ornée de peinture. On pourrait croire à une procession, mais il n’y a pourtant aucun signe d’appartenance religieuse. À la place, une profusion de couleurs, de fleurs, de dessins, de textiles, de masques. L’artiste mêle les références culturelles : elle ne célèbre pas un dieu, mais une utopie de mixité et de métissage.

En travaillant à la fois la sculpture, la peinture et la couture, Margaux Fontaine crée un melting-pot artistique et culturel où viennent se rencontrer les emprunts esthétiques au folklore de différents pays. Entre carnaval, corso fleuri, défilé chinois, Fallas valenciennes, ou encore cirque ambulant, Parade est une nouvelle sorte de procession, moins ethnocentrée et tendant plus à un idéal d’universalité.

Pourtant, derrière cet apparent message d’espoir, il se dégage une étrange sensation de gravité qui semble peser sur le cortège. Les flammes rouges, qui se dessinent sur les personnages, interpellent, interrogent. Ce jaune vif, brutal, sur leur robe parait soudain évident ; plus rien ne semble anecdotique. Et si la célébration était en fait une manifestation ? Dans le silence criant de la galerie s’installe un climat latent de révolte.

Si Parade n’a pas essentiellement été pensée dans un but contestataire, il est indéniable qu’elle est chargée de messages forts que l’artiste nous invite à déchiffrer. Margaux Fontaine multiplie les renvois à la culture populaire et les combine à l’image symbolique de la figure centrale d’autorité et de pouvoir. En présentant cette ambivalence contradictoire, en mélangeant les codes sociaux de différents pays, elle s’ingénie à déconstruire les rapports de domination qui subsistent encore dans de nombreuses sociétés.

Margaux Fontaine, toutefois, ne s’encombre pas de mots. L’œuvre en elle-même, par la richesse visuelle de ses évocations et de ses détails, est éloquente. La pluralité de l’esthétique dépasse la parole ; Parade est avant tout une invitation à la contemplation d’un spectacle multiculturaliste utopique qui pourrait, à tout moment, reprendre le cours de sa marche.

 

Parade, exposition personnelle, du 15 janvier au 20 mars 2021, galerie quatre, Arles.

Texte de Maya Trufaut , commissaire de l'exposition et assistant curator du CACN

                 

 

 

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                  En écho au regard porté sur le monde par Margaux Fontaine, « Mercury Retrograde », le titre de l’exposition, évoque la régression de Mercure à trois périodes de l’année. Ce phénomène induit des effets sur la psyché humaine, il est lié à l’interprétation du mouvement des planètes au sein de notre univers. Ce moment, acquiert pour l’artiste une nouvelle symbolique, celle d’un renouvellement par l’acceptation d’un état négatif.

                  Quant aux figures présentes dans les œuvres de Margaux Fontaine, elles retentissent avec ce phénomène et semblent entrer en lutte, une lutte nécessaire au dépassement de soi. Elles sont incorporées dans des méta-images, leur existence dépendant d’une première forme de réalité, d’une intermédialité. Dans les œuvres de l’artiste, elles s’affranchissent de l’oppression du support initial par la force de l’acte pictural. Libérés du souvenir de l’image première, de sa puissance signifiante et mensongère, les femmes et les hommes représentés se délectent d’une force nouvelle émancipée de l’autorité du filtre médiatique. La source des images où l’artiste vient puiser son inspiration, est celle des réseaux sociaux, d’Internet et des magazines. Ce corpus visuel inépuisable, caractérisé par une surenchère des images, confirme son propos. Elle explique que dans sa pratique « les sujets instagrammables, modèles consommables enchaînées, objets de désir sombres tentent de devenir des figures de révolution ». Ainsi, à la source première des images médiatiques dépossédant l’humain de sa réalité symbolique, l’artiste y répond par le pinceau. Tout en convoquant des symboles qui redirigent l’attention sur l’essence même des personnages, elle concourt à leur rendre leur honneur et leur légitimité. Si les fantômes présents dans l’œuvre Désastres semblent murmurer les fautes commises et erreurs du passé à l’oreille des personnages, c’est par l’étincelle présente dans les yeux des hommes, que l’opprobre est oublié. Ce que prône l’artiste, c’est une ré-appropriation des valeurs des personnages ayant été dépossédés de leur substance sensible, au cours de leur première existence médiatique. C’est dans le refus de l’illusionnisme que l’artiste s’emploie à redonner aux êtres leur part d’humanité.

                   C’est alors que l’on pourrait dire des œuvres de Margaux Fontaine qu’elles oscillent en permanence dans une confrontation ultime de deux aspects paradoxaux, le désenchantement symbolisé par la perte de l’illusion et l’aspect libérateur de celui-ci. Ce sont en effet des contraires qui entrent en tension par le châtiment à l’œuvre dans la série des "Dreamers". Dans celle-ci, des hommes semblent souffrir d’une destinée tragique. Leur drame, celui de ce consumer pour l’éternité, est invoqué par l’esthétique mainstream que l’on retrouve dans ces flammes renvoyant aux motifs peints sur les carrosseries des voitures tuning. Cet instant dramatique n’est autre que ce moment où l’ego masculin disparaît en s’écoulant sur le visage de ces hommes, une étape de purification de l’être imposée par le filtre pictural, par la main de l’artiste. L’œuvre de Margaux Fontaine répare ce qui a été endommagé, supprime l’illusion et les filtres apposés en libérant les personnages de l’image qui leur a été imposée par les sociétés contemporaines. Par la mise à mal du simulacre, de son aspect prétendument factice, c’est la part de vérité en chacun de nous qui est révélée. Ainsi, avec les portraits de la série "Witch Gang" et leur slogan « Tout quitter » que l’on serait tenté de scander, l’artiste rend la voix à ces sorcières qui s’érigent en tant que figures emblématiques et engagées, tout en laissant s’évader la simple apparence au profit d’une reconnaissance symbolique.

                  À travers ses peintures et dessins, Margaux Fontaine évoque ce à quoi nous sommes attachés, ce qui nous lie, ce qui nous passionne et nous dévore, nous enferme, nous emprisonne et nous harcèle, dans une forme de militantisme pictural. De même qu’elle se libère du simulacre de l’image par ces figures à la fois engagées, passionnées, charnelles, mystiques et sacrées, elle nous inflige par son acte l’acceptation de nos faiblesses et contradictions pour engager une bataille symbolique : celle de la contemplation de soi pour toucher le sublime et se délivrer de l’oppression du monde.

Mercury Retrograde, Exposition personnelle de Margaux Fontaine, dans le cadre d’un projet hors les murs du CACN, du 18 octobre au 2 novembre 2019 à la Galerie Annie Gabrielli.

Texte d’intention par Laureen Picaut, commissaire de l’exposition.

:PORTRAIT, entretien réalisé par Laureen Picaut dans le cadre de l'exposition "Mercury Retrograde", 2019

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         Pareils à des cris de rages, les masques de la série "Opéra" sont le résultat de grimaces réalisées par Margaux Fontaine après avoir peint son visage avec de la peinture acrylique. Les traits physiques de l’artiste semblent avoir disparu sous la puissance du traitement pictural. Ils ont à présent une ardeur baroque ; les expressions volontairement exagérées se dissipent pour exprimer la symbolique d’un combat, d’une desiderata. Ces masques proches de l’ornemental ont l’aura du primitif et semblent être les porteurs d’un message empli de sens. Volontairement modifiés, ils apparaissent travaillés pour évoquer une émotion sensible, une colère, celle de la flamme qui brûle.

          L’essence de la pratique de l’artiste se situe dans une collision de deux aspects en apparence opposés. À travers une bataille contemplative, l’antinomie est exprimée par une rencontre impliquant une relation de complémentarité : la féminité et la masculinité toutes deux transcendées en un paradoxe. L’artiste vient apposer sur ces masques des objets tels que des embrases de rideau, des pierres, des grelots, des perles à coller, des cheveux synthétiques traduisant son goût pour le vintage et le rococo. Ces masques sont une manière d’évoquer une image nouvelle liée à une tradition ancestrale ; ils œuvrent en tant que mythologies contemporaines.   

          L’artiste réalise également des peintures représentant des femmes et hommes stylisé-es. Pour celles-ci, elle s’inspire de photographies d’Instagram et ajoute une marque, un signe distinctif : un tatouage peint sur leur visage tisse un lien avec leurs racines, comme une empreinte indélébile qui ne serait plus dissimulée.

Présages, Exposition collective - Mars 2019 – Montpellier Avec Geoffrey Badel, Simon Berthezene, Elsa Brès, Guilhem Causse, Margaux Fontaine, Valentin Martre et Chloé Viton.

Texte d’intention par Laureen Picaut, commissaire de l’exposition.

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Quelque part entre Las Vegas et Disneyland, Margaux Fontaine convie aux abords d’une installation qui semble typiquement pensée pour répondre aux impératifs de la société du spectacle. Entre ring de catch et guinguette illuminée à la décoration surchargée de plumes de paon et autres éléments de ferronnerie qui auraient muté avec une marquise d’un théâtre, son installation "Guinguette spatiale pour Ultimate Dancing" s’installe dans un curieux contexte spatio-temporel.

En premier lieu car de par l’enchevêtrement des nombreuses formes et référents qui le composent, le tout paraît impossible à dater.

En témoignent également cette série de masques répartis tout autour de la structure supérieure, qui immanquablement évoquent l’univers du catch et en particulier de la « lucha libre » mexicaine, mais pour mieux le dévoyer puisque confectionnées avec des mélanges de tissus divers d’où se détache tout de même un caractère rococo très affirmé.

En outre, l’installation paraissant comme en suspens, presque un arrêt sur image, nul ne sait s’il est confronté au lieu d’une action qui a eu lieu, est interrompue ou va se produire.

À cela la nature de l’espace au sol, qui hésite entre ring et dancefloor, brouille encore un peu plus les pistes, étant recouvert d’une encre qui jamais ne sèchera et demeurera donc à tout jamais impraticable. 

Sont ici posés les préliminaires d’une fiction qui reste à écrire ou à imaginer, par qui décidera de s’en emparer.

 

Texte de Frédéric Bonnet commissaire de l'exposition Trois pas de côté 2014 à la Villa Arson, à propos de l'installation Guinguette Spatiale pour Ultimate Dancing.

 

 

 

 

 

 

 

 

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